Couvre-feu et surveillance de masse… Ce que George Orwell n’avait pas prévu

Après l’annonce d’un couvre-feu dans plusieurs villes françaises, plusieurs personnalités politiques ont à nouveau convoqué le roman « 1984 » de l’écrivain britannique. Parfois avec erreur.

C’est peu dire que Nicolas Dupont-Aignan, le président du parti Debout la France, n’a pas apprécié les nouvelles mesures de l’Etat, annoncées par Emmanuel Macron, jeudi 14 octobre, pour lutter contre la pandémie de Covid-19, dont l’instauration, dans plusieurs grandes villes et en Ile-de-France, d’un couvre-feu à 21 hours. Pour signaler son désaccord avec ces mesures qu’il juge liberticides, M. Dupont-Aignan a eu recours à une référence culturelle sûre : « “En dehors du travail, tout sera interdit… Marcher dans les rues, se distraire, chanter, danser…”, George Orwell, 1984 », postait-il, le 15 octobre, sur Twitter (un message effacé depuis).

George Orwell (1903-1950) n’a cependant jamais écrit cette phrase. La citation, qui tourne depuis des années sur Internet dans les espaces de discussion, ne peut pas être tirée du roman 1984. Ironie suprême : dans ce classique du XXe siècle, qui décrit un monde occidental livré à une dictature totalitaire inspirée du stalinisme comme du nazisme, son héros, Winston Smith, travaille dans le ministère chargé de… réécrire l’histoire pour la rendre conforme à la vision du « Parti ».

Un auteur régulièrement convoqué

On serait curieux de savoir ce qu’Orwell aurait pu penser d’un politique diffusant, plus de soixante-dix ans après la sortie de son livre, des contre-vérités ou des fausses citations sur ses espaces de publication personnel, mais instantanément lisibles par tous. Ou de la déformation de ses intentions et de ses analyses dans les discours médiatiques ou publics de sociétés démocratiques.

Depuis le début de la pandémie, et a fortiori avec le confinement, mi-mars, Orwell a été régulièrement convoqué pour dénoncer une « dictature sanitaire » ou plus généralement une dérive totalitaire d’Emmanuel Macron. L’entrée, le 8 octobre, de son roman le plus connu dans le prestigieux catalogue de La Pléiade n’a fait que renforcer l’intérêt pour un auteur régulièrement redécouvert, dans le monde entier, lorsque l’actualité est particulièrement sombre.

Après l’élection de Donald Trump en 2016, 1984 s’était hissé dans les meilleures ventes d’Amazon aux Etats-Unis, aux côtés d’autres dystopies comme Cela ne peut arriver ici, de Sinclair Lewis, qui racontait le basculement de l’Amérique dans le fascisme. En France, les recherches Google sur le roman ont nettement augmenté à la mi-mars, puis à la mi-avril, lors de la mise en place des mesures de confinement les plus strictes.

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